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Jeudi 5 décembre : un jour pas comme les autres tous et toutes en grève et dans l’action !

Aujourd’hui, le régime de retraite nous garantit le maintien (relatif) de notre niveau de vie, en nous assurant de toucher des pensions qui représentent en moyenne 61 % de notre salaire net moyen.

Avec sa réforme, le gouvernement propose que la valeur des points acquis – et donc le montant de la pension – soit déterminé seulement au moment du départ en retraite, en fonction de l’espérance de vie, du nombre de retraité.e.s et de la situation économique. Nous n’aurons donc plus de garantie de maintien de notre niveau de vie, et plus aucune visibilité sur nos futurs droits retraites.

la règle d’or du système : le plafonnement des ressources affectées au financement des retraites à ce qu’elles seraient en 2025, environ 14 % du PIB contre 13,8 % aujourd’hui, ne peut avoir pour effet qu’un décrochage continu du niveau des pensions, au fur et mesure de l’augmentation du nombre de retraité·e·s.

La taille du gâteau ne bouge pas, le nombre de convives augmente, les portions diminuent.

Avec un effectif de « retraitables » appelé à s’accroître d’environ 36 % d’ici 2042, le niveau moyen des pensions décrocherait donc à cet horizon au minimum de 27 %. L’arithmétique est implacable : la réforme ne ferait que des perdants.

Le gouvernement tente la carte de la division du salariat

A ceci près que le gouvernement entend majorer le décrochage des uns pour contenir celui des autres. Tout le monde perdrait mais dans des proportions inégales. En ligne de mire, les salarié.e.s qualifié·e·s à responsabilités.

Le gouvernement mobilise cinq leviers contre la retraite des cadres :

• Le droit à retraite serait proportionnel à la durée de cotisation. Dans un régime par points, les cotisations annuelles sont converties en un nombre de points. Plus on cotise longtemps, plus on a de points. Mais les périodes d’études supérieures ne sont pas cotisées (sauf pour l’ENA, Polytechnique et une poignée de Grandes Écoles). 
Elles ne permettraient donc pas d’acquérir de point. Pour compenser les années de formation initiale, les salariés diplômés seraient condamnés à travailler au-delà de 70 ans,... sous réserve de trouver un employeur. Les femmes diplômées, avec des carrières plus interrompues que les hommes, seraient encore plus pénalisées que les hommes. 


• Tous les salaires de carrière seraient pris en compte pour le calcul de la pension. L’impact des précarités du début de carrière, qui est aujourd’hui neutralisé par un calcul sur les 25 meilleures, ne le serait plus. Mauvais plan pour les stagiaires du supérieur et les doctorants. 


• Le droit à retraite serait proportionnel au salaire moyen de carrière. Plus le profil de carrière est ascendant, plus le salaire moyen de carrière décroche du dernier salaire et plus le niveau de la pension décroche du dernier salaire. Le taux de remplacement du salaire par la pension (c’est-à-dire le pourcentage du dernier salaire versé sous forme de pension) serait ainsi inversement proportionnel au salaire. 


• Les cadres seraient exclus des mécanismes de solidarité. Dans le système actuel les périodes indemnisées au titre de la maladie, du chômage, d’une incapacité de travail ou de la maternité, bien que non cotisées, sont prises en compte, c’est-à-dire « validées » ou « assimilées », de façon à neutraliser leurs effets sur le calcul de la retraite. 


Dans la conception gouvernementale, chaque euro cotisé ouvre le même droit à retraite pour tous. Il s’ensuit que, sauf à violer ce principe, les mécanismes de solidarité ne peuvent pas être financés par la cotisation.

Jean-Paul Delevoye a indiqué que des solidarités seraient maintenues mais financées par l’impôt, ce qui en change la nature.

Les dispositifs actuels de solidarité, qui bénéficient universellement à tous les salarié·e·s, seraient transformés en aides sociales (« qui coûtent un pognon de dingue » Emmanuel Macron), lesquelles seraient, comme l’allocation de solidarité aux personnes âgées, délivrées sous condition de ressources et probablement récupérables sur succession.

En pratique, les ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise, avec des revenus excédant le plafond de ressources, seraient privés de la neutralisation des accidents de carrière sur le calcul de leur pension. 


• 10 % de cadres seraient privés de la possibilité de cotiser en répartition sur la totalité de leur salaire. 
Jusqu’à présent, les cadres sup’ cotisent obligatoirement pour la retraite jusqu’à huit plafonds de la Sécurité sociale (soit 328 724 € en 2020). Avec la réforme Delevoye, ils ne cotiseraient plus que jusqu’à trois plafonds soit 123 264 € pour 2020. Un gain immédiat pour les employeurs qui n’auraient quasiment plus à verser de cotisations retraites entre 3 et 8 plafonds.

Mais une perte sévère de droits pour les cadres concernés et pour le financement du système de retraite.

C’est un marché juteux qui est ainsi offert sur un plateau aux assureurs : les fonds qui bénéficient aujourd’hui au financement solidaire de notre système par répartition seraient réorientés vers la capitalisation et des fonds spéculatifs « à cotisations définies ». Les souscripteurs épargnent à l’aveugle sans avoir la certitude de récupérer leur capital. Car cette garantie n’existe que pour les produits dits « article 39 » du Code général de impôts réservés à une poignée de très hauts magnats du CAC 40.

Article publié le 23 novembre 2019.


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